La gazette des spores septembre octobre 2026
Bonjour à toutes et tous
J’ai brillé par mon absence ces derniers temps. C’est que j’étais très occupé à construire les structures de protections contre les merles, au jardin conservatoire. Il fallait vraiment que j’active avant la saison champignons.
Une saison champignons très triste à cause de la très forte canicule de cet été.
Quand les végétaux sont en danger, le mycélium privilégie ses arbres hôtes à sa propre reproduction.
Pour l’instant nous n’avons pas encore assez de recule pour mesurer la gravité de la situation, mais nous pouvons constater que les hêtres et les bouleaux sont en grande souffrance. Il faut espérer que les champignons sauront s’adapter à ce bouleversement climatique, et sauront en même temps protéger les végétaux aux quels ils sont liés. Finalement ce sont les champignons saprophytes et parasites qui s’en sortent le mieux , car il y a une quantité de matières organiques mortes à consommer et des arbres en souffrances.
Je n’ai pas eu le temps, non plus, car nous étions en répétitions de mon nouveau projet, « balade mycologique mais pas que ». Je vous en parle dans un moment.
Je suis également parti en exploration lichens dans le massif de la Chartreuse, entre Savoie et Isère.

Mais je vais commencer par mon actualité.
Fête du refuge LPO de La Raze à Saint André en Vivarais (Ardèche)

Une bien belle fête avec un programme très riche. J’ai fait une animation sur le rôle du champignon et des lichens dans l’équilibre de la biodiversité. De nombreuses personnes m’ont suivi sur la propriété d’Anne Sibran et Didier Tronchet et malgré la sécheresse, j’ai quand même pu faire déguster un magnifique cèpe au milieu des bois.
J’ai fait des belles rencontres et notamment une vétérinaire désireuse de soigner les animaux malades avec des plantes, des champignons et des lichens. Ce n’est que le début d’une entraide et d’un partage de connaissances.


Fête de la science Chambéry
J'ai participé à la fête de la science dans la galerie Eurêka, avec le Muséum d'Histoire Naturelle de Chambéry et le jardin conservatoire .
Les prochaines dates en affiches

Balade découverte des champignons et des lichens sur l'ENS de La Fracette
Le 24 octobre de 9h à 12h30


Et mon nouveau projet

Balade mycologique contée les 21 et 28 octobre
Réservation:
Vous me croyez si je vous dis que j’ai le trac ??
C’est un vieux projet qui me tient à cœur, transformer mon animation en spectacle vivant. Une balade dans les bois, ou sur des chemins de campagnes, ou je parle des champignons, des lichens et de l’équilibre de la biodiversité, accompagné de mon assistant qui ne me facilite pas toujours la tâche. De la science, mais pas que ! Un spectacle drôle, avec de nombreuses histoires sur les champignons, mais toujours avec des sérieuses références scientifiques.
Ça faisait dix ans que j’attendais de rencontrer les bonnes personnes, pour le réaliser.
Une animation à deux voix, avec Michel Deleuze, comédien du Théâtre du réel de Saint Martin d'Hères, et Hervé Cochini, Lichenologue, mycologue, responsable du conseil scientifique du Muséum d’histoire naturelle de Chambéry, qui s’adresse à un large public familial.
Mise en scène de la balade humoristique Gloria Mecoli , musicienne, metteur en scène.
Structures pour protéger le jardin


Quelques photos des structures pour protéger les lichens du jardin conservatoire des merles.
Les merles chassent les insectes à l’oreille et comme les lichens des sols gardent l’humidité, on peut y trouver une multitude d’insectes. Les merle déchiquettent les espèces pour capturer les petites bêtes. Dans la nature cela permet la reproduction des lichens par bouturage, mais ce n’est pas ce que je recherche au jardin. Ils sont capables de détruire des zones entières en quelques minutes, d’anéantir le travail de plusieurs années. C’est rageant quand il s’agit d’espèces rares qui viennent de loin.
J’ai fait énormément d’essais pour les éloigner, des CD qui pendent, aux produits répulsifs et rien ne fonctionne sur le long terme. La seule solution, c’est de tout protéger par des filets, mais pour ne pas se sentir écrasé et emprisonné, il a fallut construire une structure en bambou très haute.
Voilà, il a fallu du temps et de l’énergie pour réaliser ces structures et tout réaménager à l’intérieur. Il en reste encore un à faire pour protéger les lichens méditerranéens, mais on verra cet hiver.
Il reste à refaire tous les panneaux.
Armillaire couleur de miel.
Armillaria mellea (Vahl) P. Kummer (1871)

Ce champignon est comestible, si et seulement si, il est cueilli jeune. Quand il est trop développé, il est très souvent parasité par un autre champignon, qui lui est laxatif. Ce champignon qui parasite un autre champignon parasite s’appelle Volvariella surecta, on le retrouve également sur les Nébuleux Clitocybe nebularis (Batsch) P. Kummer (1871) .
Car en effet les armillaires sont des tueuses d’arbres, mais elles n’attaquent que les arbres malades ou faibles, évitant les épidémies dans les forêts.
Alors comestible ne veut pas dire forcément qui a un bon goût, il est plutôt médiocre et un peu gluant.
Mais comme je dis souvent, je préfère le moins bon des champignons cuisiné par le chef étoilé Régis Marcon, plutôt que des cèpes cuisinés par mes voisins.
Lichen d’Islande Cetraria islandica


Comme son nom ne l’indique pas, on ne le trouve pas qu’en Islande, mais à peu près partout en montagne. Il se développe très souvent sous les myrtilliers. Il peut être confondu avec de la mousse avec sa couleur verte lorsqu’il est mouillé.
Le lichen d’Islande fut longtemps utilisé comme nourriture dans le nord de l’Europe. Après l’avoir fait bouillir, il perd sa saveur amère et devient une gelée savoureuse et aromatique, ajoutée au lait sucré. Celui-ci est également utilisé sec et concassé pour remplacer les céréales. En Colombie-Britannique, ce lichen entrait dans la préparation du pudding des explorateurs français. Il est traditionnellement utilisé comme fortifiant et galactagogue. Celui-ci traite les troubles vésicaux et rénaux. Dans le subarctique, il favorise la cicatrisation.
Ce lichen contient 60 à 70 % de mucilage, de l’acide usnique et des polysaccharides hydrosolubles (isolichénine et lichénine). Il comprend aussi des caroténoïdes et des acides spécifiques appelés depsidones, comme la cétrarine. L’acide usnique possède des propriétés antibactériennes. Quant au mucilage, il dispose d’un pouvoir antitussif.
Le Cetraria d’Islande est à la fois un émollient, un antibiotique, un expectorant, un antioxydant et un bactériostatique. Il stimule l’appétit, facilite la digestion et lutte contre les états fiévreux, grâce à ses substances amères. Celui-ci est aussi reconnu pour combattre le mal de mer, les vomissements, les diarrhées chroniques et les nausées dues à la grossesse. Cette mousse agit également contre les ulcères gastro-duodénaux et les gastrites. Elle apaise les troubles gastriques et rend le système digestif plus fluide.
Dépourvu de ses substances amères, le lichen d’Islande est utilisé dans le traitement des affections respiratoires. Il traite la bronchite, l’angine, la pharyngite et la toux sèche. Celui-ci apaise le mal de gorge et dégage les bronches. Sa gelée peut également être mélangée à de la gomme arabique ou du miel pour obtenir une pâte pectorale, favorable contre la tuberculose. Utilisé en infusion, ce lichen a un effet positif sur l’asthme et la coqueluche.
Sa propriété immuno-stimulante en fait un remède pour protéger l’organisme contre les agressions extérieures.
Il rentrait dans la recette pour fabriquer les hosties et servait de gélifiant.
D’ailleurs je l’ai déjà utilisé pour faire de la gelée de raisin. Il est plus efficace que le Agar Agar.
Mais il faut faire attention de ne pas épuiser la ressource car sa croissance est très faible, de l’ordre de 3 millimètres par an. Et il doit certainement y avoir des effets indésirables.
En tout cas c’est un très joli lichen que l’on peut observer au jardin conservatoire.
Voilà pour cette fois. Je parlerai la prochaine fois de l’association que nous sommes en train de créer pour gérer les animations du jardin et vous serrez les bien venus si vous désirez adhérer.
En attendant n’oubliez pas que la biodiversité est un poème tombé sur terre laissant des éclats de vers un peu partout.
En prendre soin, c’est prendre soin de soi-même.





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